A pieds dans Brandenbourg

Publié le par Muse Hique

 

 

Le 4 mai au matin, il faisait beau, alors ni une ni deux, nous endossons nos sac-à-dos, chaussons nos chaussures de marche et sautons dans le train en direction de Gransee

P5040003-2Bon, ça ne s'est pas tout à fait passer comme ça, mais j'abrège.

Le train nous à déposer au centre d'un village tout à fait charmant, dans une région qui allait s'avérer peupler par un trèèès grand nombre de lacs.

P5040005-2Nous avions deux jours et avions décider d'aller voir l'un d'entre eux, le Stechlinsee. Depuis Gransee, notre objectif était de rejoindre Rheinsberg puis d'aller prendre le train à Fürstenberg Havel, en suivant plus ou moins un sentier de randonnée européen qui passe par là. Entre parenthèse, je suis très impressionnée par le nombre de sentier ou de pistes cyclables européens qui passent en Allemagne, et dans l'absolu, qui existent : link.

P5040010-2Ceci est l'église luthérienne sainte-Marie, construite au XIIIème siècle. Et oui, c'est ça qu'il y a de bien quand on sort de Berlin, l'histoire semble vieillir soudain. Les vieux bâtiments ont plus de 90-200 ans. Je vous avoue que nous ne sommes pas rester très longtemps dans les parages, il était déjà tard, et nous avions encore de la route à faire (tout en fait). Mais pour une toute petite pointe d'histoire, le nom Gransee serait issue du haut vieil allemand. Grans signifiant pic ou bec, et "oye" d'une des premières orthographes "Grasoye" signifie eau ou entouré par les eaux. Rien de plus juste pour ainsi dire. Bon, le pic, c'est pas non plus les Alpes, ça reste Brandenbourg !

P5040011-2Gransee est devenue une ville indépendante au début du 13ème siècle. A la fin de ce même siècle, les franciscains fondèrent un couvent qu'ils abandonnèrent lors de la réforme. Au  début du 14ème siècle, le comte Lindow-Ruppin issu d'une famille de la noblesse brandenbourgeoise, possède les terres de la ville et assiste à la création d'un conseil bourgeois. Quoi de notable encore ? La ville a souffert de la guerre de Trente ans et a été en partie détruite par un incendie au 18ème siècle. Au final, c'est l'arrivée du chemin de fer qui la désenclavera en 1877. Ligne qui relie maintenant Berlin et Rostock.

P5040013-2Mais voilà, comme je vous ai dit, nous ne sommes pas attardé longtemps, et après avoir entamer la marche, voilà déjà quelques kilomètres que nous n'étions plus dans Gransee, au milieu de champ de Colza en fleurs, nous avons trouvé ce charmant café-atelier-ferme.P5040016-2Une endroit assez improblable et surtout très inattendu. Nous n'étions en fait pas encore très loin du village, mais nous lui tournions le dos, et à pied, on oublie facilement que les dernières maisons ne sont pas si loin. La maison est entièrement décorée, peinte de tableaux divers, le portail affiche des moulures de fossiles ou de squelettes humains, dans la cours sont entreposées tout un tas de sculptures plus ou moins bien agencées entre elles, mais créant un univers surprenant. De l'autre côté de la maison, des moutons, une remorque peinte également, un tracteur découpé en deux, et beaucoup de basard. Selon l'avis de certain : "plus artiste qu'agriculteur !".

P5040019-2Il est en fait assez difficile de retranscrire ce que nous avons vu, parce que j'ai très peu de photo des étendues de champ que nous avons traversées. En soit, c'est même un peu dommage, parce que le printemps signifie beaucoup de fleurs (bon, surtout du colza dans ces parages), de l'herbe touffue, dense et verte, des pousses claires sur les arbres, et puis l'odeur. Mais peut-on décrire une odeur avec des mots ? L'odeur de la terre et des feuilles entassées, des champs qu'on retourne, des accacias en fleur, l'odeur des vacances, de l'air frais et chaud. Et puis le chant des oiseaux, très contents de nous voir si j'en crois le volume sonore avec lequel ils nous ont accueillis, surtout le matin !

P5040025-2A la fin de la journée, alors que nous nous demandions où nous allins bien pouvoir trouver de l'eau, nous décidons de passer par ce que j'interprétais comme un point de vue sur la carte, point de vue entouré de petits carrés noirs se devant être des maisons. Bon, ce n'était pas tellement un point de vue, d'autant moins qu'en fait il se trouvait dans un (petit) creux, mais une curiosité, quelque chose à voir. Et c'était ces deux tombes, dans un petit cimetière entouré de barrière de bois. Un petit cimetière sur une petite colline, avec seulement quelques tombes. Une moitié du cimetière est ancienne, très calme, avec de la verdure un peu partout, qui ne me surprend plus et que j'attends dans un cimetière allemand, l'autre moitié sableuse aux allées ratissées et aux pierres tombales bien droites.

Pourquoi ces deux tombes sont-elles à voir ? Ce sont les tombes de Erwin Strittmatter et de sa femme. Erwin Strittmatter (1912-1994) était un écrivain sorabe-allemand qui a écrit en allemand. C'est un des écrivains les plus célèbres de la RDA. Il est écrit sur sa tombe, d'après ses propres mots, qu'il a choisi lui-même la pierre de sa tombe dans la forêt avant de mourir.

P5050033-2Et cette photo ? Quel en est l'intérêt ? Vous voyez la chose blanche ? C'est un moustique ! Est-ce que vous avez déjà essayé de prendre en photo un moustique en plein vol ? C'est dur, hein ? Et ben pas quand il y en a environ 372 au m2. Je n'ai jamais vu une pareil concentration de moustiques de ma vie. Et ben oui, c'est bien beau une région de lacs, mais ça a aussi ses inconvénients. Le soir, il y avait tellement de moustique qu'on a planté la tente en version je secoue ma veste pendant que tu montes la tente, tu secoues la veste pendant que j'installe, on ferme tout et on ne sort plus jusqu'au moment de démonter. Autant de moustique, ça vous coupe même l'envie de faire pipi. Quand on est repartis le lendemain matin, ils étaient toujours là On ne pouvait pas s'arrêter, sinon, on risquait d'en avaler quelques uns en parlant. Je n'exagère malheureusement pas. Remarquez, ça n'a pas beaucoup de goût un moustique, mais la consistance n'est pas très agréable ni ragoutante. Et le seul moment où ils nous ont laissé en paix, c'est quand il s'est mis à pleuvoir !

P5050038-2Mais bon, je vous parle de nature, de lac depuis un moment, et toujours pas de photos, incroyables ! Ici, c'est le début du lac, du Stachlinsee. Les arbres ont les pieds dans l'eau, et puis très vite, cette végétation disparait pour laisser place à la calme majesté grisonnante du lac.

SAM 0821-2Et oui, certes il a plu pendant une bonne partie du samedi, mais ça valait vraiment la peine d'endurer les moustiques et l'humidité. Qu'est-ce que c'était beau. Et puis l'avantage, on n'a pas croisé grand monde !

P5050043-2"Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
Que vous nous ravissez ?"

SAM 0826-2"Temps jaloux, se peut-il que ces moments d'ivresse,
Où l'amour à longs flots nous verse le bonheur,
S'envolent loin de nous de la même vitesse
Que les jours de malheur ?"

P5050046-2Et après quelques 50 kms, nous voici arrivés à Fürstenbegr Havel. Quel effroit. Tout d'abord, un chemin de terre et une forêt. Au milieu, un panneau annonçant que nous entrions dans la ville. Et puis nous voici dans une zone plus ou moins en ruine. Une ancienne caserne probablement. Et sans hésiter, nous comprenons que nous sommes au milieu d'une acienne zone militaire communiste. "Et comment vous savez que c'était communiste ?" Là vous ne voyez pas trop la mosaïque sur le mur de la maison, mais en fait, ce sont des tableaux représentant un soladat en habit sur fond rouge à côté du symbol communiste et à gauche de la porte, un personnage jaune, main gauche dressant une étoile vers le ciel, en conquérant du monde, toujours sur fond rouge. Dans ce décors semblant abandonné depuis seulement quelques mois, les compteurs électriques étant toujours en place, quoiqu'un peu défoncés, comme si on avait voulu les détruire, dans une atmosphère brumeuse de temps orageux, arrive au détour d'un virage ... une traban ! Le choc. Quand je vous dis que l'historie n'est pas ancienne.

P5050048-2Oui, la poésie nous avait quitté un moment. Le temps de se croire en voyage dans le temps. Malgré l'âge de l'église, celle-ci faisait partie du présent. Mais étonnement, cet environnement communiste pas si ancien faisait partie du passé dans ma tête. Du passé bien passé. Peut-être parce que je l'ai appris en cours d'histoire, au même titre que l'invention de l'écriture il y a 3000 ans. Peut-être aussi parce qu'inconsciemment, je veux que ça soit du passé, je n'ai pas envie que ça resurgisse. Mais l'histoire ne se créer pas en 20 ans. Ce qui s'est passé il y a 20 ans n'est en fait pas encore de l'histoire, les plaies saignent encore et dans ces pays de l'est, il n'est pas impensable de croiser une affiche datée de 2012 invitant la jeunesse à rejoindre le KGB ...

P5050049-2Fürstenberg Havel, en fait, sur Havel, Havel étant le nom du fleuve traversant la ville, est une petite ville étonnante. A proximité était installée une centrale nucléaire, actuellement en démantelement (une ligne de chemin de fer (que nous avons d'ailleurs traversée) a été construite spécialement à cet effet). Une partie de la ville semble industrielle, l'autre est très rurale, plus portée sur la pêche et la navigation. Mais je crois qu'une grosse partie des revenus de la ville viennent aujourd'hui du tourisme et des activités de loisir autour de l'eau. Berlin n'est pas loin et le coin est sauvage. Nous avons vu un nombre impressionnant d'appartements de vacances, de maisons à louer pour quelques jours ou semaines.

P5050050-2A l'intérieur de la ville, nous retrouvons l'architecture en immeubles bas, rues pavées (qui font mal aux pieds quand on est chargé !), maisons colorées, avec une petite touche acqueuse en plus : des petits ponts et ports un peu partout. Et puis, toujours la marque du communisme hantant les lieux. Un monument aux vicitmes du faschisme et de la guerre.

P5050051-2Et nous voici devant la gare de Fürstenberg, les pieds en feu et les jambes douloureuses. Affamés parce que nous avions oublié d'emmener des allumettes pour allumer notre gaz, épuisés parce que nous avions une carte au 50 000ème et non au 25 000ème comme nous avons l'habitude et qu'il y a eu erreur dans l'évaluation des kilomètres, et aussi parce qu'avec la pluie et les moustiques, nous n'avons pas tellement eu l'occasion de faire de pauses. Il était 15h30.

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