L'université

Après bientôt deux semaines de cours de musicologie version allemande, voici quelques petites nouvelles.

Tout d'abord, l'université ne fonctionne absolument pas de la même façon qu'en France : ce n'est pas le même esprit, les mêmes objectifs, les mêmes possibilités, bref, tout diffère !

Pour que vous puissiez un peu comprendre le système, je vous l'explique pour les allemands de la musicologie, et je vous dirais ensuite ce qu'il en est pour moi, Erasmus française ! Une licence est vue ici comme un tout, et non comme trois années séparées. Tant qu'on n'a pas fini son bachelor, notre formation est incomplète. Pour valider son bachelor, il faut acquérir 10 points dans 9 modules différents (dont un mémoire à rédiger, le "travail de bachelor", un module choix libre, c'est-à-dire qu'on peut aller suivre un cours de droit si ça nous enchante), plus 30 points dans un module autour de l'orientation et de l'insertion professionnelle.

Chaque semestre et pour chaque module, une série de cours est proposée : les séminaires rapportent 4 point (ou 7 si on fait les examens), les cours magistraux 3 (ou 6), les colloques 4, ... Les étudiants choisissent les cours qu'ils veulent, sachant qu'ils doivent valider 10 points par module, et chaque module pendant leurs trois ans d'étude. Ce qui est conseillé, c'est de valider environ 20 points par semestre (soit deux modules). Certains séminaires sont à valider pendant les trois ans, et sont donc reconduits chaque semestre, mais un grand nombre d'entre eux se renouvellent sans cesse.

edt.jpg  

Ceci est bien sûr rendu possible par le fait que les étudiants de tous les niveaux sont mélangés et participent aux mêmes cours. Dans certains cours cependant, il n'y a pas de premières années, et dans d'autres pas d'élèves de master (oui, les master ont aussi des cours communs avec nous).

Ce système permet également de cumuler très facilement plusieurs thèmes d'étude. Parmi les gens que j'ai rencontrés, il y a des combinaisons de cours absolument incroyables : archéologie et musicologie, art de la scène et musicologie, philosophie et musicologie, histoire et musicologie, droit et musicologie, mathématiques et musicologie, ... Une telle richesse serait véritablement impossible en France, parce que tous les élèves doivent faire la même chose. Il en devient même difficile de suivre un seul cursus, simplement parce qu'on déciderait d'apprendre l'allemand plutôt que l'anglais ! (Ce n'est pas une blague).

Pour moi, petite étudiante française non soumise au système des modules, imaginez la liberté ! Ma contrainte est de valider 30 points par semestre pour valider mon année. Je peux donc choisir ce que je veux, absolument, et choisir de faire ou non des examens. Cependant, on prend vite conscience que la masse de travail exigée pour chaque séminaire est environ trois fois plus importante qu'en France, ce qui interdit le fait de suivre trop de cours à la fois, de trop se disperser.

index.jpg

La deuxième énorme différence, c'est l'organisation au sein du cours. Savez-vous quelle a été la première question de chaque enseignant au début de chaque cours ? "Qu'attendez-vous de ce cours ? Qu'aimeriez-vous y apprendre ? Avez-vous des propositions à faire ?". Quand on vient d'une université française (à moins qu'il n'y est qu'en musicologie à lyon 2 que ça se passe comme ça), on se sent tout penaud. On ne m'a jamais demandé ce que j'attendais du cours d'histoire de la musique médiévale que j'étais obligée de suivre, même si j'aurais peut-être préférer faire de l'esthétique !

Nous sommes de plus, des plus petits groupes, mais plus constant selon les matières (j'entends que nous sommes presque toujours une petite trentaine, même si on en est à son 5ème semestre d'étude et en séminaire de jesaispasquoi), de ce fait, les professeurs cherchent à nous connaitre. Et puis, les cours sont toujours construits en interactions : nous discutons autour de quelque chose avec le professeur qui nous amène à creuser l'idée et à trouver des choses. Et parfois, il nous dit "ah oui, je n'avais pas vu les choses comme ça, c'est vraiment une bonne idée". Des cours enrichissant pour tous, ce ne serait donc pas qu'un concept inapplicable ?

Pour bien faire, il faudrait aussi parler de la bibliothèque de musicologie, qui fait véritablement rêver de par son contenu, avec entre autre une encyclopédie d'histoire de la musique en français très belle et riche que je n'est jamais vu en France, et des rayons réservées aux matières transversales, ... Il faudrait parler aussi de la phonotèque et de sa collection extraordinaire de CDs et de disques vinyls (encore complètement actuels et en service en Alllemagne)(la famille avec qui je vis a deux lecteurs de vinyls modernes, et qui fonctionnent !), du documentaliste qui connait tout et qui est capable de se procurer la musique qui manque à la phonotèque et dont on a besoin en une nuit (je le jure, j'ai testé avec l'Orfeo d'Offenbach !), de l'improbable efficacité de l'administration (je me suis inscrite en 35 minutes alors qu'il me manquait deux papiers : "allez les demander et les faire signer au bureau x et revenez, je vous complèterais votre dossier tout de suite"), ...

images.jpg

Mais malheureusement, je suis une jeune fille fort peu appliquée, et j'ai envie d'aller me coucher !

 

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :