A vélo jusqu'à la mer 2
Samedi matin, 7h30, le réveil sonne.
Après une nuit passée à lutter contre les moustiques, il m'est relativement difficile d'accepter la dure réalité. Voilà une demi-heure que je dors enfin tranquillement, réchauffée par les rayons du soleil qui frappe mon duvet, et paf, il faut se lever, affronter les moustiques et plier bagage.
Le temps de ranger et de petit déjeuner, mon co-pédaleur est couvert de piqûres et non expérimentons la main moufle. Vous ne connaissez pas ? Allez faire un petit tour en milieu moustiqueux, faites-vous piquer sur la main, et si tout se passe bien, votre main doit gonfler jusqu'à atteindre la forme d'une moufle quand vous tentez de plier les doigts. Pas terrible pour faire du vélo ...Mais une fois en selle, les moustiques nous sortent vite de l'esprit tellement les paysages que nous traversons méritent le coup d'oeil. On se rend compte au passage qu'il y a moins de lacs et plus de prés dans les parages. Nous suivons un long moment un chemin de terre sèche et dure bordé de pins. L'odeur des pins et l'air chaud me rappellent quelques balades printanières sur les premières colines des monts du Forez.
Plus tard, nous laissons les pins et les prés derrière nous et rejoignons une nouvelle région pleine de lacs. Nous avons quitté Brandenbourg et un peu de dénivélé apparaît. Le dénivelé ici, c'est une bonne descente suivie d'une bonne montée. Alors au bout de deux fois, on a la technique : on pédale autant qu'on peut en descente, histoire d'atteindre le haut de la monté sans avoir à trop forcer. Des fois, c'est la surprise et alors là, misère. Moi, encore, j'avais 12 vitesses sur mon vélo. Mais mon co-aventurier n'en avait pas une seule. Ce qui est tragique, c'est qu'au final, c'était quand même moi qui était à la traine au sommet de la montée (bon, à ma décharge, j'étais peut-être un peu plus chargée).
Mais ces petites montées/descentes nous ont amenées une facheuse surprise. Au bout de la énième montée, j'entends "euh, j'ai un problème avec mon guidon, il a du jeu. Il faut que je le resserre". On s'arrête, no sort la clef, on ressert (enfin pas moi en fait), et on repart. Descente, montée, descente, montée. "Bon, faut encore que je resserre, ça n'a pas tenu." Rebelotte, re-départ, descente. "euh, ben, je crois qu'il y a vraiment un problème, parce que là, je ne me suis pas mis en danseuse, ça descendait, et ça bouge quand même.
Il y avait effectivement comme un problème ...
Mais il faut avouer que nous avons vraiment eu de la chance. La ville n'était pas à deux kilomètres et nous avons pu finir à pieds. On a trouvé un réparateur de vélo, mais là, dilemme. Est-ce que c'est réparable ? Et quand bien même c'est réparable, est-ce faisable aujourd'hui, tout de suite ? Et puis, sachant que le vélo a couté 50€, qu'il y a déjà eu pour 70€ de réparation dessus, qu'il y a forcément autre chose qui ne va pas tarder à casser vu la tête du vélo, jusqu'à quel prix est-ce rentable de payer la réparation ? A partir de quel prix vaut-il mieux racheter un vélo ? Et s'il faut racheter un vélo, ben vu les prix là-bas, c'était train ou rien ! Bon, ben 10€ maximum.
2h30 plus tard, le ventre plein et 20 kilomètres à rattraper dans la journée, nous réenfourchons nos vélo, content comme des gamins de pouvoir repartir.Surprise !
Demi-tour et on rattrape le circuit plus loin. Dommage, ça avait l'air joli, mais d'un côté il y avait une voie ferrée et de l'autre un lac, alors vraiment pas moyen de longer. Et puis e réfléchissant bien, s'il y a une passerelle en bois, c'est qu'en dessous, il y a de l'eau.
Nous nous trouvons en fait à la limite du parc naturel de Müritz que nous allons traverser toute l'après-midi. Mon compagnon, passionné des oiseaux dans sa jeunesse et observateur, me fait remarquer tout un tas d'animaux que je n'aurais jamais vu et m'apprends à reconnaître quelques oiseaux par leur chant, leur vol, leur plumage, ... Sincèrement, je n'en ai retenu que deux. Ou, la honte. Le bruand jaune, parce que j'ai eu droit à une imitation mémorable de son chant "pit pit pit pit pit pit pit puuuuit", et puis la bergeronnette grise parce qu'il y en avait partout. En fait, les petits oiseaux qui restaient en travers de la route jusqu'au dernier moment quand on arrivait à fond en vélo, c'était systématiquement des bergeronnettes grises. C'est assez joli comme oiseau. Plus petit qu'une main, avec un plumage aux nuances de gris relativement nombreuses, et puis une jolie petite tête noire avec une large bande blanche autour des yeux.
Je devrais aussi être capable de reconnaître un pic en vol, parce qu'il semble rebondir dans l'air, voler par a-coup.
Et puis nosu avons retrouver ce paysage qui m'avait surpris lors d'une balade à vélo autour du Muggel See en mars. Sauf que là, c'était encore beaucoup plus impressionnant qu'autour du Muggel See. Je ne sais pas comment se passe exactement la formation de ce paysage, et si quelqu'un sait, j'en appelle à ses connaissance ! Je l'interprète comme un paysage en transormation. Je crois que l'eau arrive et tue progressivement les arbres en les asphyxiant. Il y a de très nombreuses zones qui ressemblent à ça dans Brandenburg et Mecklenburg Vorpommern, soit annonçant un lac un peu plus loin, soit bordant un lac.
Une quarantaine de kilomètres plus loin, nous arrêtant pour nous restaurer un peu, nous nous asseyions sur un banc, juste devant une petite église, dont l'architecture est relativement typique du coin : massive, en briques rouges et en bois, et comportement très peu d'ouvertures. Nous décidâmes de profiter de notre pause pour aller visiter ce monument. Et ce fut une jolie surprise. L'église a été bâtie en 1170 dans un style roman. Elle a été agrandie un siècle plus tard dans un style gothique. La rénovation en cours de l'intérieur a permis de mettre à jour des peintures murales datant probablement de la période de construction. Je vous laisse les photos jointes dans l'album photo "Rostock". Ce qui est plutôt amusant et qui donne un peu de mystère à la visite, c'est de retrouver ici ce que j'ai identifier comme la croix des templiers : une croix rouge aux quatre branches identiques s'évasant aux extrémités. Je ne m'y attendais pas, mais d'un autre côté, les XIIème et XIIIème siècle, c'est bien la période d'activité des templiers !
Les murs de l'église sont très épais, tellement qu'en passant derrière un pilier, on a un peu l'impression de changer de pièce. De l'entrée de l'église qui se constitue de trois espaces (l'entrée, le lieu de cérébration et une salle derrière le choeur) part un escalier très raide qui permet d'accéder aux cloches et à la charpente. Bien sûr, pas une pique de lumière pour s'y repérer, alors ma foi, quand on veut savoir ce qu'il y a plus loin, on prend une photo et on regarde ce que nous permet de voir le flache ! Nous repérons un étroit escalier de pierres qui s'enfonce plus bas que le rez-de-chaussée de l'église. Malheureusement, l'unique lampe de poche dont nous disponsons est au fond d'une sacoche, et nous n'avons pas une motivation suffisante pour nous aventurer par là.
Je suis assez étonnée de ce libre accès partout dans la chapelle. Seule mise en garde "attention, danger, en cas d'accident, nous ne sommes pas responsables".
Il est près de 17h30 quand nous reprenons nos vélos. Notre objectif est de nous arrêter à Waren pour manger et d'aller camper plus loin après le repas. De Friedrichsfelde (lieu de notre pause) à Waren, il y a une trentaine de kilomètres. Même pas peur.
Vers 19h, nous nous installons sur un banc à côté du Binnen-Müritz, le lac au bord duquel s'est construit la petite ville de Waren. Ce lac est en fait en grande partie un port. Je suppose en fait que les lacs présents très densément dans la région sont tous plus ou moins reliés par des canaux, rendant toute la zone navigable. Je suis persuadée qu'on peut rejoindre Rostock en bateau depuis assez profond dans les terres.
Pour notre part, nous avons fait notre cuisine presque les pieds dans l'eau (en fait, le rebord en béton qu'on voit sur la photo était le seul endroit assez plat pour pouvoir installer notre gaz et popotte dessus). Nous avons intrigué un certain nombre de touriste en cuisinant comme ça. Notre menu ? Pâtes au thon. Le plus drôle. Un groupe de deux couples d'une cinquantaine d'année en ballade digestive je suppose (une centaine de mètres plus loin, il s'est avéré qu'il y avait de la concentration de restaurant ...) nous salut amusé en passant une première fois. Nous sommes assis face à face, protégeant de nos mains le réchaud du vent. "ça tient chaud ?". Dix minutes plus tard, nous sommes assis sr le banc à deux mètres du quai, nos pâtes sont cuites et nous sommes entrain de verser le thon dedans pour donner un peu de goût à tout ça. "Oh, qu'est-ce que vous mangez ? ça à l'air bon ! ça vous a pris combien de temps ? C'est quoi, des pâtes ? Avec du thon ? Et des épices dedans ? Seulement du sel ? C'est une bonne idée ça !"
Ben nous, forcément, écroulés de rire. Mais c'était fort sympathique.
Les pâtes engloutis, la vaisselle faite (à grandes eaux dans le lac, la casserole n'a jamais été aussi propre !), nous rangeons tout, nous mettons en quête d'eau (mais il semble que les éviers ici n'ont pas la même profondeur qu'à Berlin et villes précédentes, nos bouteilles se sont avérer trop longues dans trois restaurants ...).
Nous suivons le chemin le long du lac, et après avoir traversé deux campings, nous atteignons un bois de feuillus, bien plat, bien tranquille, en deux mots, parfait pour camper. Petit détail, à trois mètres du sentier de randonnée, et à six mètres du dernier camping traversé. Mais bon. Les gens raisonnables regardent devant eux !
Fin de la deuxième journée.