Pologne à vélo
Et toi ? T'as fait quoi pour Pâques?
Ben moi, je suis partie en Pologne à Vélo. La classe, hein ? Bon, je vous avoue, il y a environ 90 kms depuis Berlin jusqu'à la frontière polonaise. Tout de suite moins impressionnant.
Mais je l'ai quand même fait. Vendredi matin, 8h, le réveille sonne. C'est le grand jour. Nous devons retrouver le reste du groupe à l'arrêt de S-Bahn Treptower Park où nous rattraperons la R1, la fameuse piste cyclable européenne que nous suivrons jusqu'à Küstrin.Sacoches bouclées, tout bien attaché sur nos vélo, nous partons. Nous avons longement hésité : le temps annoncé n'est pas vraiment idéal, mais on se lance. De toute façon, on est en pays de train. Et partant à 5, même si on a des vélos, si on décide de revenir par le train, ça nous coûtera pas cher. (Vive la DB !!).
Alors donc, on retrouve le reste du groupe à Treptower Park, et c'est là qu'apparait un des thèmes majeurs de notre voyage : "euh, quelqu'un à une pompe à vélo ? faut que je regonfle ma roue." Je vous explique : sur cinq, mon vélo était de loin le meilleur : moi, j'avais des vitesses (!!!), des pneus relativement larges et bien gonflés, des freins au guidon (fin, déjà des freins !) et pas en rétro-pédalage, un porte-bagage stable, une dynamo, bref, un vélo en bon état de marche.J'affiche les photos que j'ai choisi dans l'ordre du voyage, mais là, j'ai déjà sauté un gros morceau du premier jour. La photo est hors de Berlin. Hors, vous saurez qu'on ne sort pas de Berlin si facilement. Et une fois sorti de Berlin, il faut s'en éloigner. Et les heures avaient beau filer, Berlin est resté très longtemps affiché à 36 kms. Le secret ? On a contourné Berlin. Vous voyez, c'est impressionnant de dire "je suis aprtie en pologne à vélo", mais en fait, si quelqu'un vous dit "j'ai fait le tour de Berlin à vélo", il m'est avis que c'est beauuuucoup plus impressionnant. Surtout s'il a réussit en une journée (je ne suis pas sûre que ce soit faisable).
Où en étais-je ?
Ah oui, la R1. Encore quelques mots. La piste cycle R1 est un projet européen, financé par l'Europe donc, pour permettre le développement de régions un peu excentrées en amenant quelques touristes. Je ne sais pas si ça fonctionne. En tout cas, ce fut une chance pour nous de suivre cette piste pour une raison très simple, l'état de la route.
Alors au milieu, c'est la route, on ne voit pas ultra bien, mais c'est des pavés en piteux état ; et sur le bord, les deux bandes pavées, c'est la piste cyclable. En clair, sans piste cyclable, c'est tout bonnement incarrossable à vélo. Et j'ai remarqué que les voitures apprécient beaucoup ces bouts de pistes cyclables aussi. Parce que des pavés bien entretenus, à une certaine allure (pas très rapide, mais pas lent non plus), c'est confortable. Mais des pavés dans cet état, ça saute, ça secoue, et c'est très bruyant (de l'intérieur de l'habitacle roulant !).
ça aussi, c'est la piste cyclable. La plupart du temps, elle suit la route, soit aménagée sur la route directement, très souvent en parallèle, séparée par un petit terre plein ou un bout de forêt, mais des fois, c'est un sentier piéton qui a été pavé.
Regardez bien la photo, c'est une photo exceptionnelle : une pente dans Brandenbourg, un dénivelé incroyable (au moins 10m !).
Là genre, la piste cyclable est à droite, elle sert aussi de trottoir au passage.
Pour reprendre la chronologie de l'histoire, le village où on s'est arrêté faire une pause dans l'après-midi, certains d'entre nous étant entrain d'expérimenter involontairement la sieste en selle. Pas terrible sur un vélo.
Les villages de Brandenbourg Est sont très surprenants, dépaysants. Il n'y a pas vraiment de bourg, et pas tout le temps des commerces. En fait, c'était pas très vivants dans la plupart des endroits où on est passés. Les maisons ont souvent des toits très pentus, je suppose pour la neige. Et en fait, j'ai eu la sensation d'être de retour en Pologne. D'après certain expérimenté de la Pologne du groupe, la pologne, c'est pareil, mais en sale.
Tout dépend de ce qu'on appelle propre. Quoique je sois mauvaise langue, parce que je connais pas beaucoup de ferme en France dans lesquelles le propriétaire se donne la peine d'aligner les vieux bidons vides et rouillés. Autres chose surprenante :
Est-ce que la ferme était sponsorisée par Radeberger (bière blonde allemande) ou est-ce que comme beaucoup de monde de ce côté-là, la décoration est en mode débrouille et récupération ?
Enfin, après la pause, on avance encore. Au bout d'un moment, il nous semble qu'on n'avance plus, même si on pédale, et on finit par décider qu'il est temps de s'arrêter. Heureusement dans le groupe, nous avons un expert du camping sauvage et du voyage en mode aventure en pays étranger "il faut s'arrêter à côté d'un cimetière, comme ça on n'aura pas besoin d'aller chercher de l'eau chaispasoù" (faut dire qu'il est partie en Serbie en stop, aller demander de l'eau, m'est avis que c'est pas forcément le plus simple quand on parle pas serbe).
En haut bas de la descente, nous arrivons sur un terrain tout plat qui nous fait bien envie, mais c'est un peu trop humide. En fait, sur la carte, c'est balisé marais ...
Alors on continue. On remonte (et ben oui, si la frontière est à peu près à la même altitude que Berlin, dès qu'on descend, on sait qu'il faut remonter après ...). Et nous arrivons à côté dune gare. Je croyais alors que j'avais vu quelques chose d'exceptionnel, des trains vraiment anciens (très DDR si vous voulez mon avis) et qui roulaient encore. Bon, une expérience que je vous décrirai plus tard me démentira de ce préjugé.
Ce village est très sympathique, et la maison que j'ai choisi de vous présenter n'est de loin pas la plus jolie. En fait, si j'ai choisi cette photo, c'est pour que vous regardiez bien le toit (au mieux, la photo n'est pas exceptionnelle). Remarquez les tuiles de couleurs. Si ce n'est pas typique de l'Allemagne de l'est, en tout cas, c'est typique de ce village. Spécialité locale ?
Finalement, vers 18h45, on finit par trouver, au sommet d'une côte qui a achevé tout le monde, surtout ceux qui n'avaient pas de vitesses à leur vélo, une petite forêt sympathique, à côté du cimetière, un petit espace tout plat (qui s'avéra le lendemain être un chemin de randonnée, heureusement qu'on a décollé tôt et qu'il pleuvait). Pas loin, une cabane de chasseur dans laquelle nous avons petit déjeuné à l'étroit, et quelques feuillus sous lesquels la terre meuble s'est trouvée idéale dans la focntion de toilettes improvisées. On plante nos tente, on cuisine laborieusement à la popote. Laborieusement ? Ben, dans une popote qui peut chauffer à peine un litre d'eau à la fois, cuisiner pour cinq, même de la soupe instantanée, c'est l'aventure. Du coup, on a mangé un truc entre liquide et pâteux-grumeleux, la consistance variant d'une assiette (ou tupéroir, on fait avec ce qu'on a) à l'autre, accompagné de noix achetées en chemin chez un producteur le long de la R1. Il proposait aussi des confitures, des chaussettes en laine de mouton, ... et d'après le courageux co-cycliste qui est allé acheter les noix, les propriétaires auraient valu une petite photo !
Nous nous sommes globalement gelés toute la nuit (malgré le pull, le bonnet et les chaussettes que j'avais pris le soin d'enfiler), et quand avec un co-voyageur nous sommes revenus des courses, nous avons la mauvaise surprise de percevoir plus qu'une pointe de découragement parmis nos camarades. Ceux-ci avaient en fait décider de prendre le train dans la première gare que nous rencontrerions pour rentrer à Berlin. C'est vrai que tout était plus ou moins mouillé parce qu'il avait plu pendant la nuit et ça n'allait pas aller en s'arrangeant. Après discussion, nous décidâmes de poursuivre à cinq encore un moment, et de rediscuter quelques 20-25 kms plus loin, au croisement avec la route de la prochaine gare.
Finalement, ils ont poursuivi avec nous jusqu'au bout. Faut dire qu'on a pris le train à Küstrin au lieu de revenir à vélo. Mais j'anticipe !
Avant d'arriver à Küstrin, ville semi-polonaise, semi-allemande, nous avons parcourut une campagne semi-déserte et plate, sans grande végétation, très majoritairement cultivée, et marquée encore par l'agriculture version soviétique : de très grandes parcelles et un grand nombre de parcelles par fermes. Et au détour d'un virage, au delà d'une butte : l'Oder.
Les rives de l'Oder côté allemand sont magnifiquement préservées. C'est une zone protégée, très peu de voitures circulent (de toute façon, il n'y a pas non plus foule dans le coin), et une longue piste cyclable longe la frontière intégrakement depuis la république Tchèque et le Neisse jusqu'à la mer du Nord. Cette piste cyclable est aussi très connue : l'Oder-Neisse, très agréable, le long de paysages sauvages, mais ayant entrainé l'installation d'aménagements touristiques côté pays de la digue (pas côté fleuve) : campings ou divers hébergements, locations, vécus comme un gros désavantage par nous, parce que pour trouver un endroit où dormir, ça s'est révélé mission impossible. Nous aurions bien dormi quelques part dans une salle pour être à l'abris du vent et de la pluie (il a fait un temps de mars, avec soleil, vent, pluie, chute de neige, voire deux fois de grêle), mais pour cela il aurait fallu payer ... Quand le tourisme tue la spontanéité : "c'est pas cher, 25€ la nuit par personne !" ... pas cher ...
Mais avant de vouloir dormir et de finalement prendre le train, nous avons passé la rivière, passé la frontière, traversé l'Oder et sommes arrivés en Pologne !!!
Petit moment de fierté, sourires en coin et auto-congratulation. Vraiment c'était cool d'être arrivés là, on avait réussi. Et ce, malgré les cinq pauses regonflages d'un certain pneu arrière dans la journée ... Mais comme on était un peu transis et fatigués (et mouillés et ...) on a décidé d'aller boire un café en Pologne. Donc passé la frontière, on prend la direction de la ville, indiquée sur notre droite. Déjà, à la frontière, nous sommes arrivés à l'ex-poste-frontière, complètement désert, avec tout encore en place, les emplacements pour fouiller les voitures, les barrières, les petites cabines comme sur l'autoroute et tout ça. Oui, quand on n'y pense, c'était y a pas si longtemps les frontières. Mais j'ai 20 ans, et dans ma vie, finalement, l'existence des frontières fermées, ce n'est pas ce que je connaitrais majoritairement, comme le monde sans Internet. D'ailleurs, Internet, c'est un peu le monde sans frontière, non ?
Mais là, on n'était à la recherche d'un café, et on se dirigeais vers la ville. Surprise !!
La partie polonaise de la vieille ville ressemble aujourd'hui à ça ...
Place stratégique entre l'Allemagne et la Pologne, les nazis l'investir pendant la seconde guerre mondiale, y installant entre autre une usine de production de Nitrocellulose ... et quelques garnisons, mais les combats entre l'armée rouge et la Wehrmacht détruisirent la ville à 90%. A l'issus de la guerre, la ville fut partagée en deux partie : à l'ouest Küstrin qui sera désormais allemande, et à l'est Kostrzyn nad Odrą qui sera polonaise. Les allemands seront déplacés de force dans la partie ouest, l'ancienne ville rasée et le quartier Neustadt (nouvelle ville) reconstruit.
Du coup, on a laissé tomber l'idée d'aller boire un café dans la vieille ville, et on s'est réfugié dans un café d'autoroute, enfin de l'aire de la frontière.
Et voilà. Fin de notre périple.
EPILOGUE
Le soir, nous sommes tous allés camper dans mon appart, y avons trouvé deux inconnus qui se sont révélés être le frère d'un des colloques et sa femme, dont j'avais complètement oublié la venue (et qui avaient emprunté mes pantoufles). Et le lendemain, nous nargant abondament, le soleil a brillé de toutes ses forces, nous disant "que vous êtes bêtes de ne pas avoir campé cette nuit, vous auriez eu une belle journée aujourd'hui pour pédaler". Mais il n'a même pas réussi à nous énerver parce qu'on est allés randonner à Grunewald. Mais ceci est une autre histoire ...